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3 QUESTIONS À … Emmanuelle Stein – Exilophone

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Du haut de ses 28 ans, Emmanuelle est une jeune femme forte et engagée.  Lauréate NOÉ lors de la dernière session de l’appel à projets NOÉ, elle a lancé son association Exilophone qui vise à rapprocher les populations isolées grâce à des projets artistiques. Son projet Dayenou ?”, salué par les membres du jury NOÉ, vise à rapprocher communautés juives et migrantes et lutter contre les stéréotypes et préjugés. Après avoir fêté ses un an d’existence, et entre deux concerts, elle nous raconte son parcours.  

1/ Peux-tu nous présenter ton asso en quelques lignes ? 

Créée il y a un an (avril 2018), l’association Exilophone vise à rapprocher populations locales et exilées par des projets artistiques communs en France et à l’étranger. Plus concrètement, l’équipe Exilophone composée d’une dizaine de bénévoles, organise depuis près d’un an, des ateliers de pratique artistique (danse, musique, théâtre), des concerts et festivals, des sorties et médiations culturelles. Plusieurs projets ont été montés à Paris, mais aussi à Kinshasa et Tel-Aviv.  

Exilophone a noué des partenariats avec plusieurs institutions renommées telles que la Philharmonie de Paris, le Musée de l’immigration, le Haut-Commissariat aux Réfugiés, France Terre d’Asile, l’école emblématique de Bialik Rogozin à Tel-Aviv, la Batsheva Dance Company et Gaga etc.  

Concernant le projet « Dayenou ? », porté par Exilophone, il a pour objectif de déconstruire certains préjugés et stéréotypes fréquents aussi bien dans les communautés juives que chez les migrants. Comment concilier les textes fondamentaux de notre tradition sur l’hospitalité et le respect des étrangers et les contraintes politiques, sociologiques, économiques qui sont autant d’obstacles à la mise en œuvre au quotidien de ces principes ? 

De nombreux juifs, à l’instar de la population locale en général, considèrent les migrants comme dangereux. Cette vision est renforcée dans la communauté juive par l’actualité sur la recrudescence de l’antisémitisme. Le fait est que la plupart des jeunes juifs n’ont jamais côtoyé ni même parlé à des réfugiés bien qu’ils soient voisins. Nombreux sont ceux qui ont une attitude négative, condescendante, au mieux misérabiliste, encouragés par certains médias.  

De leur côté, la plupart des migrants ne cherchent pas non plus à fréquenter des juifs. Ils ont le sentiment que les juifs restent entre eux et sont centrés sur leurs problèmes communautaires. Ceux qui ont été élevés dans des pays arabes ont souvent des préjugés anti-israéliens et antisémites. 

Les ateliers proposés ont pour objectif de permettre à ces jeunes placés sur un pied d’égalité, issus de la communauté juive et migrants, de faire connaissance, de s’ouvrir à la culture de l’autre, de rompre avec leur routine et d’oublier le temps des ateliers, la difficulté de leur condition. 

De nombreux migrants parlant pas ou mal le français, “Dayenou ?” est centré sur des disciplines artistiques telles que la danse, la musique ou les arts plastiques.  

2/ Comment t’est venue cette idée ? 

L’idée m’est venue en deux temps après cinq années de travail de terrain auprès des réfugiés pour le compte d’ONG ou OI dans divers pays.  

Alors que je donnais des cours de musique à la Maison Orange à Athènes, un centre d’hébergement pour réfugiésj’observais que les migrants issus de diverses communautés– congolaises, iraniennes, grecques, etc. – avaient des préjugés les uns envers les autres.  Toutefois, en pratiquant la musique ensemble, ces mêmes personnes se rapprochaient, devenant parfois amis. Ces moments forts ont opéré en moi comme un « déclic ». C’est ainsi que j’ai eu envie de créer Exilophone 

Issue d’une famille juive traditionnelle comptant réfugiés et déportés, ancienne EI, marquée par mon travail de terrain auprès de réfugiés soudanais et érythréens au sud de Tel-Aviv, j’ai constaté qu’il n’existait pas en France d’organisation juive comparable à HIAS en matière d’aide aux réfugiés, et que les initiatives de rapprochement entre la communauté juive française et les migrants étaient rares et ponctuelles. Avec le projet « Dayenou ? » j’ai souhaité combler modestement ce fossé et faire profiter ma communauté d’origine de l’expérience tirée d’Exilophone et des rencontres joyeuses autour de l’art.  

 3/ Tu es lauréate NOÉ, qu’est-ce que cela a changé pour toi ? 

Je ne pensais pas qu’un projet tel que « Dayenou ? » éveillerait l’intérêt des responsables institutionnels et personnalités de la communauté juive. Je me suis trompée. Le fait d’avoir été écoutée, entendue (et félicitée !) a constitué un moment d’autant plus fort que ma démarche n’est pas toujours bien comprise ni accueillie.  

J’ai été très sensible aux conseils efficaces des professionnels de l’équipe NOÉ qui m’encouragent et m’encadrent.  

Être lauréate du projet NOÉ renforce mon sentiment d’appartenir à une communauté aux visages multiples, capable de surmonter ses préoccupations et débats internes pour se montrer solidaire et soucieuse des plus démunis et des étrangers. C’est un honneur pour moi et cela renforce ma détermination à poursuivre mon projet.  

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