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Colo or not colo? Telles sont nos questions…

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À l’heure du déconfinement et des inquiétudes des parents sur les vacances estivales, beaucoup de questions subsistent encore à ce jour autour de la possibilité d’organiser des colonies de vacances ou centres aérés, appelés dans notre jargon : ACM (Accueils Collectifs de Mineurs).  

Avec l’ensemble des organisateurs de séjours labellisés NOÉ, les scénarios de crise sont discutés dans le but d’anticiper une possible reprise, garantir le bien-être des enfants et rassurer les familles sur les protocoles sanitaires adoptés pour des instants de respiration nécessaires, en toute sécurité. 

Si le Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, dont les conseillers techniques phosphorent à tous crins sur les différentes hypothèses, autorise la tenue des colos, et camps scouts, rien ne dit que les collectivités locales s’aligneront sur cette décision. Arbitrage qui, à l’instar du déconfinement scolaire, bouleverse le pacte de socialisation de tout un secteur, celui de l’éducation  populaire qui fait du brassage des jeunes un de ses principes phares, et renvoie dos à dos la puissance publique, les services déconcentrés, les acteurs locaux et les organisateurs eux-mêmes à leurs responsabilités :  juridique, morale et pénale. 

Si un feu vert est bel et bien donné, il sera inévitablement assorti de fortes restrictions, comme c’est le cas aujourd’hui pour les écoles qui vont expérimenter le 11 mai toutes ces contraintes en essayant d’y trouver les libertés nécessaires à l’épanouissement de l’enfant dans une pédagogie et une autonomisation de l’enfant à refonder. 

Restriction du nombre de participants, limitations géographiques, obligation de bio-nettoyage intensif des locaux en amont, désinfection récurrente (dans tous les sens du mot), port de masques et / ou de visières et gants pour les personnels techniques et encadrants… 

Une obligation sanitaire doublée d’une nouvelle donne éducative ! 

Dès lors, comment organiser des jeux d’intérieur et d’extérieur, alors qu’à cette heure le ballon et les activités de contact sont interdits à l’école ? Comment imaginer la circulation en colo avec des enfants qui doivent respecter entre eux un périmètre de distance, mais n’ont qu’une seule envie : aller au-devant les uns des autres ? Quelles règles mettre en place pour les conditions quotidiennes d’accueil des enfants et des familles dans les centres aérés ? Comment dédramatiser la situation avec les enfants, dont certains peuvent contenir en eux la souffrance encore vive d’un deuil familial ou l’intériorisation d’un trauma dû au confinement prolongé et à l’absence de lien social ? Par quelles méthodes ludo-pédagogiques affinitaires aborder les gestes-barrière sans risquer d’être anxiogène ? Autant de chantiers logistiques et conceptuels qui demandent une bonne dose de créativité et de stratégie pour repenser cette vie en collectivité et continuer d’offrir un espace sécurisé aux enfants et une respiration dont ils ont tant besoin. Car nous le pressentons, ce sont de véritables petites cocottes minutes dont le phénomène de décompensation, notamment chez les ados, s’annonce explosif au gré des témoignages de parents au bord de la crise de nerfs ! (Voir notre article sur le blog qui leur est consacré). 

Parents qui, dans la majorité, ont vécu une intense promiscuité dans cet épisode de deux mois « d’assignation à résidence » et ont besoin de souffler, certains devant même retrouver au plus tôt un travail et un viatique après d’importantes pertes de revenus, et plus généralement se confier en toute quiétude à l’offre des organismes de jeunesse, y voyant un relais indispensable pour décompresser à leur tour. 

Forts de tous ces questionnements et attentes lĂ©gitimes, conscients de l’acuitĂ© de l’enjeu social et sanitaire, c’est avec beaucoup d’imagination et de volontarisme que nos responsables des mouvements de jeunesse, Ă©ducateurs de tous horizons, formateurs BAFA,… acceptent l’accompagnement de l’Action Jeunesse du FSJU pour rĂ©inventer le mode opĂ©ratoire de l’éducation informelle, proposer de nouveaux parcours, rĂ©flĂ©chir aux « colos apprenantes » que le Ministère veut mettre en place pour rattraper les dĂ©crocheurs et se positionner, sans oublier de penser aux consĂ©quences de la pandĂ©mie et du confinement sur la psychĂ© des enfants et des adultes. 

Les organisateurs de ces centres ont tous reçu des demandes de rĂ©servation de la part des familles, Ă  ce jour plutĂ´t confiantes dans leur sĂ©rieux et leur ancrage historique ; organismes qui espèrent pouvoir offrir ces moments d’évasion et de construction de soi et de citoyennetĂ© Ă  leurs enfants. Chacun sait que si les colos ont lieu, ces parenthèses deviendront des espaces de dialogue inouĂŻs entre les jeunes et leurs animateurs ! Les rituels amplifiĂ©s de la vie quotidienne, les soins attentionnĂ©s prodiguĂ©s aux jeunes, les histoires contĂ©es aux petits avant d’aller rejoindre MorphĂ©e, les veillĂ©es chants, et autres dĂ©bats qui favorisent le lâcher prise des Ă©motions … deviendront des baumes Ă©loignant le spectre de ce satanĂ© virus qui a absorbĂ© la sphère mĂ©diatique et s’instille dans les rĂŞves agitĂ©s des enfants. 

Tout cela deviendra, à n’en pas douter, la force affectueuse et protectrice de la promesse des colos de cet été ! Car le travail d’ingénierie pédagogique à l’œuvre en ce moment, le formidable investissement des animateurs et directeurs de centres qui se tiennent prêts, produira une bouffée stimulante d’air frais, un vrai sas de reconnexion à l’Autre. 

Même si l’arbitrage final du gouvernement n’interviendra (hélas tardivement) que début juin, les organisations de jeunesse envisagent avec notre aide depuis deux mois, dans un suspense insoutenable, tous les scénarios possibles et leurs implications, qu’il s’agisse des aménagements d’effectifs, de locaux, de transport, de conduite pédagogique, voire d’un possible décalage sur le mois d’août, avec la possibilité de ne proposer que des centres aérés régionalisés, voire des centres virtuels 3.0 (Activités online sur Facebook, Zoom, etc.). 

Plus que jamais, dans cette gestion de crise et la cristallisation de toutes les incertitudes sur les jours d’après, la team Jeunesse du FSJU, en lien constant avec les tutelles, accompagne au plus près nos adhérents pour peser au mieux ces contraintes et leur permettre de se prononcer en responsabilité quant à la tenue ou non des centres, et surtout leur nouvelle physionomie adaptée aux contraintes sanitaires. 

Nos consignes et protocolisations, assorties d’un accompagnement financier pour les organisateurs labellisés (bourses aux familles, soutiens aux programmes spécifiques…) auront une valeur de recommandation forte, mais ne pourront in fine contraindre qui que ce soit. 

Ce sont les directeurs de centres et les présidents d’associations organisatrices qui, portant une responsabilité morale, civile et pénale, devront décider d’y aller ou pas. Le label NOÉ attribué à nos adhérents servira toutefois d’indicateur précieux de gage de qualité pour les parents (Liste disponible sur notre site à la rubrique « Label » www.noepourlajeunesse.org ).

Dès lors, cette crise aura eu un premier mĂ©rite, Ă  nos yeux, c’est d’expliquer l’impact essentiel de ces acteurs de l’écosystème de l’éducation informelle auprès de parents estimant les colos vieillotes ou dĂ©passĂ©es , d’en redorer le blason alors que les colos sont en perte de vitesse dans la sociĂ©tĂ© française depuis une dĂ©cennie, malgrĂ© un premier rebond enregistrĂ© grâce Ă  la politique volontariste du SecrĂ©taire d’État Gabriel Attal (campagne « À nous les colos! ») (NDLR : il y a trente ans, selon les chiffres du Ministère de l’Éducation et de la Jeunesse, 4 millions d’enfants partaient en colonie de vacances contre 850 000 en 2018 !). 

La situation de confinement aura accentuĂ© cette Ă©vidence du contrat Ă©ducatif que nous portons depuis toujours et plus encore Ă  l’aube d’un nouveau monde. Celui du « care », de la « bienveillance », de l’éducation positive, de la diffusion de valeurs incarnĂ©es ! (Lire Ă  ce propos l’excellente tribune « Pour que vivent les colos ! » parue dans LibĂ©ration du 24 avril dernier).

Dans ces cartes rebattues par le Covid-19, des héros de l’ordinaire émergent, nos soignants, nos enseignants, nos éducateurs de l’Informel retrouvant ainsi une place de choix ! Ce sont eux nos premiers de cordée qu’on pensait de corvée jusqu’alors ! Nous les remercions de continuer à penser (panser) le bien-être de nos enfants et la transmission de notre savoir-être, offrant leur militantisme, leurs qualités relationnelles au service de nos enfants qui grandiront ainsi, mieux préparés pour affronter les crises à venir, plus citoyens et sereins dans un futur par définition incertain.

 

Article de Libération pour aller plus loin

 

 

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