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Colos été 2020 : réparer les enfants

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Au mitan de l’été, à l’heure des derniers centres de vacances et tandis que la relève aoûtienne se prépare, c’est un sentiment immense de soulagement qui nous envahit ! Après tant d’atermoiements et d’incertitudes liés à la crise du Covid qui avait, un temps, balayé l’espoir deséjours tant attendus par les familles après cette assignation à résidence pesant sur les jeunes, c’est le pari du volontarisme et l’indéfectible mission éducative des organisateurs qui l’ont emporté ! Tel un baume pansant les effets délétères du confinement, les centres de vacances ont véritablement réparé les enfants.  

 

Toujours prêts !   

À quelques rares exceptions près, nos colos ont été épargnées par le coronavirus. Et rien n’était dû au hasard ! Dès les premiers signes d’autorisation gouvernementale, en conscience et responsabilité, l’ensemble des responsables de mouvements de jeunesse, d’organismes de loisirs, de camps scouts et autres centres aérés fédérés par NOÉ, – le programme Jeunesse du Fonds Social Juif Unifié -, s’est attelé à mettre en place les protocoles sanitaires fort contraignants.  

Ils ont réfléchi, agi, adapté leurs pratiques, innové, rassuré les parents très en amont sur leurs stratégies éducatives et sanitaires, en ayant pris soin de conserver le lien avec leurs jeunes dès les premières phases de confinement dans une continuité pédagogique à distance qui a produit de belles initiatives solidaires et intergénérationnelles !  

C’est donc dans un contexte d’anticipation, d’agilité et une formidable capacité à avancer de concert que nos groupements ont privilégié par-dessus tout le pacte du collectif pour que vivent les colos, tandis que le FSJU, en lien constant avec le Ministre Jean-Michel Blanquer et son Secrétaire d’État à la Jeunesse, Gabriel Attal, a fait valoir auprès d’eux l’excellence éducative de nos séjours et l’assurance d’une coordination rigoureuse. 

En lien avec l’équipe jeunesse du FSJU, dans une réflexion féconde et un échange de pratiques profitable à tous, ils ont imaginé des scénarios en mode dégradé pour assurer, coûte que coûte et en rognant sur leurs bénéfices et leur capacités habituelles de couchage, la tenue des ACM (Accueils Collectifs de Mineurs). Cela n’a certes pas été facile, et certains ont dû lancer leurs centres ou gans dans un délai record (début juillet !), alors que l’organisation proprement dite des séjours débute traditionnellement en mars. “Quel ascenseur émotionnel cette valse des protocoles sanitaires qui nous ont été diffusés si tardivement par les DDCS (Direction Départementale de la Cohésion Sociale), et dans des versions souvent déconnectées de la réalité de terrain ! ”, vitupère un organisateur qui a décidé de diviser par deux ses colos dans l’hexagone, après avoir annulé ses séjours à l’étranger, et qui ne pouvait pas envisager de saison blanche.  

Le maintien de l’offre de séjours pour enfants de la Communauté est en soi une véritable exploit, rendu possible grâce au volontarisme des acteurs, leur fédération à travers NOÉ, et au soutien financier du FSJU qui a débloqué en subventions directes ou indirectes près d’un demi-million d’euros pour soutenir un secteur proche de l’effondrement (fonds d’urgence, équipement sanitaire, consolidation des trésoreries des associations au plus bas historiquement, bourses aux familles, aux stagiaires animateurs et directeurs de centres …). D’autant que dans le champ de l’animation socio-culturelle, nombre d’organisations extra-communautaires pourtant bien ancrées dans le paysage de l’Éducation populaire, avaient très tôt jeté l’éponge. “En cela, nos organisations ont été exemplaires de courage et de convictions” témoigne Daphné Ayache, en charge de la relation avec les organisateurs dans le cadre du label FSJU et de l’attribution des bourses NOÉ.  

 

Dans les contraintes, les libertés !   

« Dans les contraintes, les libertés ! » s’exclamait au plus fort de la crise la fondatrice d’un organisme réputé qui a fêté cette année ses 40 ans, et a adapté ses colos, avec beaucoup de professionnalisme et de sang-froid, comme tant d’autres éducateurs partageant leurs expériences et plans B au sein des réunions préparatoires proposées par NOÉ, tout en respectant les mesures barrières et le vivre-ensemble. « Ce vivre et faire-ensemble qui fait l’essence de nos séjours est notre ADN » réaffirme le duo de jeunes directeurs qui a fait ses armes au BBYO et a lancé pour la troisième année consécutive un séjour pour ados centré sur le leadership et l’acquisition de compétences comportementales (« softskills« ). “Nous avons dû refuser du monde. Une centaine de jeunes nous fait confiance et cela témoigne de l’engouement pour le format proposé à mi-chemin entre la colo-campus et l’Académy de jeunes talents !” précisent-ils, heureux de ce millésime malgré le contexte sociétal et le moral en berne de bien des acteurs du tourisme.

De nouvelles modalités de relation étaient déjà nées de leur action pendant le confinement grâce à leur usage inventif des outils numériques qui ont affermi, selon nos deux organisateurs, « la fidélisation d’un public en manque de retrouvailles entre pairs« .  

Pari réussi d’un brassage donc sans promiscuité favorisant la socialisation et la rencontre de l’Autre, l’autonomie et les valeurs juives dans un bain de bonne humeur et de partage, et sans que le contexte épidémique ne pèse sur les consciences  ! Autant de qualités qui ont infusé dans les colos et centres aérés de cet été que l’Action Jeunesse a arpentés tout le mois de juillet, avec le concours des directions régionales FSJU, pour une action de proximité au plus proche de la réalité du terrain.  

Un couple d’éducateurs lyonnais, à la vie comme à la scène, a même baptisé le projet pédagogique de sa colo « Figolu et pangolin » déjouant par le clin d’œil appuyé à l’animal diabolisé le trop plein d’injonctions d’une vie quotidienne rythmée par des consignes prophylactiques répétitives. « Le rôle crucial de dédramatisation de ces consignes avec des supports et affiches ludo-pédagogiques qui incombe aux organisateursrepose sur une recette simple  : nouer un dialogue attentionné dans la vie quotidienne et adapté au rythme de l’enfant ! Faire preuve de beaucoup de créativité  est aussi un viatique », ajoutent-ils avec conviction et expérience. 

« Toujours prêts  ! » : jamais la devise scoute des EEIF n’aura autant raisonné chez leurs militants de tous poils et les parents fidèles au mouvement, dans un écosystème propre au scoutisme qui fait corps avec la nature et fait se connecter les jeunes entre eux loin des réseaux sociaux et des éventuels traumas de la période de confinement. “Tout a été protocolisé dans les moindres détails : les espaces dans les tentes, les aménagements de restauration, les toilettes en plein air, … les relations avec l’extérieur etc. Nos assistants sanitaires, bien formés, étaient en lien permanent avec un comité médical monté pour l’occasion, prompt à les accompagner à chaque instant.”, commente la Commissaire générale.   

 

Réparer les enfants  

« Sinon une mission de service public, un devoir moral ! » revendique le coordinateur d’une vingtaine de gans Israël franciliens déterminé à laisser le moins de parents sans solution de garde ou d’accueils de loisirs cet été. Il a multiplié les consignes de sécurité physique, affective et d’hygiène à son réseau qui s’est parfaitement adapté aux besoins croissants des familles. 

«La crise a frappé durement les ménages et perturbé l’environnement familial» commente Philippe Lévy, directeur de l’Action Jeunesses du FSJU aux manettes d’une cellule de crise estivale avec toute son équipe dans un partenariat formidable avec l’AMIF (Association des Médecins Israélites de France) et l’OPEJ pour accompagner les directeurs de séjours et assistants sanitaires, véritables référents Covid du séjour. Dans un partenariat resserré avec ses membres labellisés, signataires d’une charte de qualité, ce soutien a envisagé tous les aspects :  réglementaire, éducatif, logistique, sanitaire et de médiation pendant tout l’été.  

L’OPEJ a assuré, et continuera d’assurer jusque la mi-août, un suivi psychologique en lien avec les éducateurs s’il surgissait des phénomènes liés à l’enfance en souffrance ou à des violences intra-jeunes. “Si rien de véritablement inquiétant n’a été signalé en juillet via notre permanence téléphonique, car les enfants ont profité à fond de leurs activités et de leurs animateurs, nous n’en restons pas moins vigilants sur le public d’août qui accueille souvent des enfants de familles très modestes, et sans les stigmatiser évidemment, ils peuvent représenter une prise en charge plus spécifique au regard d’un confinement plus douloureux (exiguïté des appartements, faibles revenus des familles limitant leurs loisirs …)” témoigne Johan Zittoun, directeur de la Fondation OPEJ.  

« Besoin d’une respiration au risque de craquer», « Ados déchainés », familles désœuvrées en recherche de colos … les témoignages sont légion remontant du réseau Ezra FSJU qui suit à l’année des familles de milieu défavorisé et les a orientées, en confiance, vers les organismes labellisés NOÉ en juillet et en août, en accordant à ce jour près de 600 bourses sociales se cumulant aux 300 du département NOÉ pour offrir une parenthèse enchantée aux enfants dans un cadre socialisant et sécurisant, et permettre à leurs parents de souffler un peu .

Pour ce mois de juillet, la tournée de l’équipe jeunesse FSJU, relayée par les directeurs délégués FSJU en région, a été très bien accueillie partout en France ! En plus de la cellule d’astreinte par téléphone ou groupe WhatsApp en lien constant avec le collectif des organismes, elle a favorisé sur place un échange constructif avec les encadrants et plaisant avec les enfants.

Le baromètre général relevé dans ces visites a montré des indicateurs au vert sur le respect du protocole sanitaire et un bon état d’esprit rythmé par une ambiance des beaux jours ! Précieux indice du moral des troupes, s’il en est, et de l’envie de faire de la colo un espace-temps pour faire jouer, se ressourcer, dépasser le côté anxiogène de la crise et éduquer à la citoyenneté. Une opportunité incontournable pour retisser des liens et partir à la reconquête de ces jeunes à la rentrée en leur donnant rendez-vous en présentiel, si la situation sanitaire le permet, et en distanciel pour des activités hybrides tirant le meilleur parti de ces approches.  

 

Les jours d’après  

Et c’est à la rentrée de septembre, peu avant les fêtes de Tichri, que les organismes labellisés NOÉ auront l’occasion de se réunir entre professionnels sous l’impulsion de l’Action Jeunesse du FSJU afin de penser la suite. Beaucoup d’acteurs se retrouvent dans une situation financière inquiétante. Et si les bilans, à mi-parcours, dessinent une saison qui a favorisé l’épanouissement des enfants et des jeunes grâce à des équipes d’encadrement résilientes et à l’écoute, certains confient qu’il est difficile de se projeter d’autant que, faute de place au regard des contraintes d’effectifs, de nombreux jeunes ont été privés de vacances essentielles à leur bien-être. 

 Ce sont ces questions structurelles et projectives qui seront abordées dans un séminaire « au vert » où l’animation et les colos d’après l’été se poseront dans leurs mission, formats, viabilité et modèle économique, “car il est aujourd’hui assuré que la Covid-19 s’installera dans notre société et qu’il faudra composer avec”, souligne Marc Cohen, responsable du pôle de santé de l’OSE, et médecin référent de la cellule d’accompagnement sanitaire FSJU en partenariat avec l’AMIF.  

Cette crise a rebattu de nombreuses cartes dont celle de la socialisation en centre de vacances avec des gestes barrières pas simples à faire tenir sur la durée d’un séjour, auprès des ados en particulier (ndlr : les plus de 11 ans ont pour obligation de porter le masque quand la distanciation physique n’est pas possible).  

Le contexte sociétal risque d’évoluer également dans le sens d’une consommation différente par les familles des vacances. Crainte des séjours à l’étranger et des colos « usines » mêlées à des difficultés économiques inéluctables, y compris des classes moyennes. Certains organisateurs qui ont expérimenté des courts séjours ou des colos virtuelles évoquent déjà les contours d’un nouveau paradigme qui pourrait jeter les passerelles d’une meilleure articulation entre l’animation et l’enseignement (renforcement des accueils périscolaires en partenariat avec les mouvements de jeunesse par ex.), alors que l’Éducation Nationale s’attend à retrouver plus de 8% d’élèves décrocheurs qui ont échappé à son radar pendant tout le confinement et qu’il faudra bien réinsérer. 

Les opérations de type Yam Lekoulaminitiées par le FSJU en partenariat avec Moadon dans les projets solidaires financées grâce à l’Appel National de la Tsédaka l’été dernier avait permis à de 250 enfants privés de vacances de connaître les joies de la plage. Cet événement aurait dû se répéter fin août et avec un public encore plus important. Avec le concours de l’ensemble des mouvements de jeunesse, dont les animateurs avaient encadré tous ensemble ces activités balnéaires, il est question de le repositionner tout au long de l’année dans des formats de loisirs et culturels également (visites de musées, expos, pièces de théâtre …).  

Rendez-vous est pris à la rentrée, avec optimisme mais pragmatisme, pour imaginer le monde d’une animation incarnée et 2.0.  

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