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Pourim à la fête. Reportage.

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Comme chaque année à la même époque, l’Action Jeunesse du FSJU s’active pour proposer des événements autour de la fête de Pourim. Confection et distribution des michloah manot  (paniers de douceurs qu’on s’échange pendant la fête) au public des survivants du Service Passerelles via les cadres des mouvements de jeunesse, animation ludo-pédagogique à la Maison d’enfants de l’OPEJ par les Services Civiques FSJU … NOÉ a une nouvelle fois relevé le défi pour égayer le quotidien de ces publics aussi singuliers qu’attachants.

Opération michloah manot avec Passerelles

Confection de Michloah Manot par les VSC FSJU

Lundi 14 mars, 14h, Golda Bloch, et Alix Soussan de Passerelles et Débora Dahan, coordinatrice des volontaires en Service Civique FSJU, vérifient de concert que les friandises et autres “oznei (oreilles) aman” sont bien en nombre afin de confectionner les quelques 70 “michloah manot” (paniers de douceurs) distribués ensuite au public de Passerelles par les jeunes militants des mouvements de jeunesse.

« Nous organisons depuis deux ans des distributions aux personnes âgées, pour permettre de renforcer les liens intergénérationnels de notre jeune public. L’an dernier, c’est auprès des bénéficiaires du Réseau Ezra que nous avions monté cette distribution et, cette année, c’est avec le service Passerelles du FSJU que nous avons co-organisé cet événement. À la suite des interviews vidéo “ À la vie, citoyens !”, (lien ici ) diffusées sur les réseaux sociaux et tournées avec les volontaires en Service civique, échangeant avec un rescapé de la Shoah de Passerelles sur son « irrémédiable citoyenneté » face à l’Horreur, de nombreux jeunes ont souhaité rencontrer ces personnes au destin marqué par la barbarie qui souhaitaient témoigner. La jeune génération a conscience qu’elle est la dernière à pouvoir être en contact avec des victimes de la Shoah et qu’elle endosse la responsabilité d’être ‘’ témoin des témoins’’, pour reprendre une expression bien connue. »

Ce rôle de ‘‘passeurs de mémoire’’ que nos jeunes endossent avec sens du devoir et une incroyable maturité revêt un caractère primordial dans le travail de transmission. C’est pourquoi, toutes les rencontres propices à un échange sont essentielles pour ces jeunes et notre rôle d’éducateur consiste à ‘ provoquer’ ces rencontres. Nous avons donc accepté avec joie la proposition de Passerelles d’organiser cet événement qui ne se résume pas seulement à une visite de courtoisie ou à déposer un “colis” à une personne âgée, mais bien à une rencontre incarnée entre deux générations, par les truchements d’une fête du calendrier hébraïque telle que Pourim et de sa symbolique », explique Débora Dahan.

Gamliel, 17 ans est allé à la rencontre d’une dame âgée de 92 ans, qui habite le XIIe arrondissement de Paris. « J’ai été très bien reçu par cette femme qui était très contente que l’on vienne lui déposer ces michloah manot. J’étais un peu impressionné au départ. Je suis d’origine séfarade et plutôt pratiquant. C’était la première fois que je rentrais chez un rescapé de la Shoah. Cette nonagénaire si douce ne savait pas vraiment quelle était la signification de Pourim et nous lui avons ainsi raconté l’histoire de la fête. J’ai proposé de lui lire la Méguila, mais elle a préféré que je lui raconte l’histoire de vive voix. C’était un moment très intense. Au départ, l’ambiance était un peu froide mais petit à petit nous avons pu discuter de sa vie. Elle m’a invité à m’assoir dans son salon et a commencé à me raconter son histoire et sa fuite vers la Suisse pendant la Guerre et son retour seule en France à la Libération. Elle m’a dit combien je devais parler de cette période à mes amis afin que plus jamais un tel événement ne se reproduise. Notre échange a duré environ 30 minutes mais j’étais happé par le récit de cette femme dont je m’en souviendrai toute ma vie. »

Les volontaires en service civique de Paris avec leur coordinatrice Débora

Pour Salomé, 20 ans, volontaire en service civique NOÉ pour l’Hachomer Hatzaïr, ce fut également une expérience marquante. « Nous nous sommes retrouvés à l’espace Rachi lundi après-midi avec tous les services civiques parisiens du FSJU pour la confection des colis. Nous étions environ une vingtaine, et nous avons ensemble, à la chaîne, dans une ambiance sympa, confectionné les michloah manot, dans lesquels nous mettions une brique de jus d’orange, des biscuits, des chocolats, des sachets de thé et de tisane, une crème pour le corps et une “oznei Aman”. Nous avons mis de la musique, tout le monde était motivé et heureux de se rendre utile pour la bonne cause ! Quand nous eûmes terminé, Philippe Lévy est venu nous féliciter pour notre implication et nous a présenté les facettes de l’engagement. Ensuite, Débora Dahan nous a introduit auprès de l’équipe d’Andrée Katz, la directrice de Passerelles qui nous a briefés sur les attitudes à adopter avec leur public. Golda Bloch, Alix Soussan et Inès Frydman (de Passerelles) nous ont fait part de leur expérience de professionnelles auprès des survivants et enfants cachés pour qui certains sujets restent très sensibles à aborder. Alix m’a ainsi expliqué que le monsieur à qui je devais déposer le michloah manot était veuf, sans enfants, et que ce sujet était délicat à son égard. C’était important pour moi d’avoir cette prévention et la rencontre s’est bien déroulée puisque j’avais été préparée. J’ai aimé rencontrer les autres Services Civiques, et je me suis sentie vivante en faisant le bien autour de moi ! »

En région également, les jeunes ont joué le jeu auprès des personnes âgées et dans les régions Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes, PACA et Côte d’Azur. À Marseille et Nice, c’est près d’une vingtaine de michloah manot qui ont été distribués par le collectif des mouvements de jeunesse (DEJJ, Habonim Dror, Bné Hakiva, EEIF) orchestré par Benjamin Sitbon, délégué à la jeunesse du FSJU-PACA pour qui ces opérations restent primordiales dans la dynamique de la région et la portée pédagogique. « Nous avons voulu absolument relayer la distribution des michloah manot afin de soutenir la seconde campagne nationale inspirée par Passerelles et soutenue par NOÉ ! Nos mouvements de jeunesse sont très motivés par ces rencontres intergénérationnelles qui renforcent les liens de transmission, valeur socle de l’Éducation informelle ! Ces moments marquent à vie nos jeunes qui sortent de leur petit confort et mettent ainsi un visage sur la petite et la grande histoire d’un rescapé de la Shoah, qui au passage avait souvent leur âge lors de la Guerre », explique Benjamin Sitbon, délégué à la jeunesse en région Paca. Pour cette deuxième édition, pari tenu, puisque c’est ainsi plus de 70 michloah manot qui furent distribués par les militants des mouvements de jeunesse à Paris et en région, lesquels ont déployé tout leur réseau afin de diffuser ces douceurs et leur présence réconfortante auprès des personnes souvent isolées et enchantées par ces visites. Une bonne action saluée par toute la Maison FSJU, et qui a laissé une empreinte indélébile dans les cœurs des quelques 35 jeunes militants, prêts à porter le message de mémoire et de courage délivré par ce public si singulier et attachant de Passerelles.

 

 

Mercredi 23 mars : un Pourim festif à la Maison d’enfants de l’OPEJ de Rueil-Malmaison

Laura, alias La Reine Esther

Ils arrivent, ils arrivent ! je vois la voiture !” s’exclame le petit Jordan* qui a reconnu l’équipe Jeunesse du FSJU et ses volontaires en Service civique, venus déjà en janvier pour animer un atelier sur l’écologie, dans le cadre des « sorties buissonnières Yam Lekoulam » au sein du pavillon des enfants de 4 à 11 ans. Cette fois-ci, c’est déguisée et grimée que la joyeuse bande est arrivée à la Maison d’enfants de Rueil-Malmaison, chargée de 3 énormes michloah manot pour chacun des pavillons des enfants (ados filles et teens garçons). Julien Cohen-Solal en charge des événements à NOÉ et déguisé en squelette rigolo : « Nous sommes cette fois-ci de retour pour fêter Pourim avec les enfants. Nous avions prévu un Pourim spécial et des animations autour des symboliques de la fête, qui est synonyme de joie, de liberté et d’unité. Notre souhait : que les enfants et les jeunes volontaires en Service Civique puissent passer du temps ensemble sous la forme d’activités ludo-pédagogiques, a été exaucé dans cette sortie buissonnière qui leur apporte une parenthèse de distraction. ». Au programme de cet après-midi, une kermesse géante et un flash mob géant organisé pour faire fuir le vil Aman, sous le bruit assourdissant des crécelles. Samantha*, 13 ans : « J’ai adoré cet après-midi ; j’ai beaucoup aimé le personnage d’Esther, elle était belle et finalement elle a réussi à sauver son peuple ».

Pourim-Spiel, dans la grande salle de la Maison d’Enfants de l’OPEJ de Rueil Malmaison.

Ethan*, 12 ans : « J’ai kiffé la chorégraphie faite tous ensemble, éducateurs, enfants, animateurs ; c’est vraiment cool ! Ce n’était pas une kermesse comme d’habitude, là on se sentait dans Pourim, comme si on faisait partie de l’histoire, déguisés et libres de jouer un rôle ! ». De leur côté également, les volontaires en Service Civique, (VSC) ont donné de leur personne pour faire de cet après-midi un succès. Eden, volontaire en service civique s’exprime : « Nous avons travaillé dur pour réaliser le spectacle et le concept de l’événement. Ici ce sont des enfants placés par décision de justice, et nous avons beaucoup réfléchi, notamment sur le personnage d’Aman pour ne pas effrayer les enfants. Nous avons donc opté pour un personnage méchant mais surtout assez niais, qui les a fait rire. C’était intéressant pour moi de rencontrer ce public que l’on côtoie peu dans nos mouvements de jeunesse traditionnels. Quand ils sont en pleine activité, un enfant est un enfant, ils sont motivés à 100% et sont très attachants. Ils nous ont fait confiance dès le départ et nous ont réservé un accueil formidable dès notre arrivée. J’espère pouvoir revenir en juin pour faire le pique-nique prévu avec les Services civiques, et les enfants de l’OPEJ ! ».

C’est donc exténués mais heureux que nos jeunes volontaires ont quitté Rueil-Malmaison, le cœur rempli de joie et de souvenirs, laissant au sein de la Maison d’enfants un sillage de douceurs et de rêves autour d’un Pourim bigarré et sucré que les enfants garderont comme un trésor. Rappelons que ce concept adapté de l’opération Yam Lekoulam à la mer, qui reprend l’ingénierie pédagogique et les principales valeurs chères au FSJU dans son approche de l’enfance en difficulté, consiste à préparer une sortie ou un événement à destination d’un public qui a peu ou pas d’accès aux loisirs ou à la culture (familles dans des situations de précarité, enfants placés, décrocheurs scolaires, en situation de handicap …) dans un objectif de mixité sociale.

Ce sont les animateurs de l’ensemble des mouvements de jeunesse qui encadrent ces sorties Yam Lekoulam. La Direction de l’Action Jeunesse prévoit ainsi de décliner nombre d’animations en avril et mai prochains : une visite au Louvre peu avant Pessah sous le format d’un « jewish code » sur les traces de l’Exode biblique, ainsi qu’une matinée classique au Théâtre des Variétés pour aller voir jouer l’Avare de Molière, campé par un Boujenah-Harpagon survolté, qui, en prime, donnera une masterclass et fera la visite des coulisses aux enfants.

*Les prénoms ont été modifiés.

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